Cinq polygraphistes pour assainir la PNH : un effectif dérisoire face à l’ampleur du problème

Cinq spécialistes en détection de mensonges ont été certifiés au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH), au terme d’un programme de formation de plusieurs mois soutenu par le Canada. L’annonce a été faite par l’ambassadeur du Canada en Haïti, André François Giroux. Cette certification marque une étape dans les efforts visant à renforcer l’institution policière, confrontée depuis des années à des problèmes d’intégrité et de crédibilité.
Le programme avait démarré avec une cohorte initiale de quinze policiers de la PNH. Au fil des mois, ces agents ont suivi un cursus exigeant, mêlant enseignements théoriques et pratiques, destiné à les initier aux techniques de l’examen polygraphique. À l’issue de la formation, cinq d’entre eux ont satisfait à l’ensemble des critères et obtenu leur certification de polygraphistes. Ce taux de réussite d’un tiers des participants témoigne de la rigueur de la sélection et du niveau de compétence requis pour exercer cette spécialité sensible.
Selon les informations communiquées par l’ambassadeur Giroux, ces nouveaux experts seront d’abord mobilisés dans le processus de filtrage, communément appelé « vetting ». Ce mécanisme vise à vérifier l’intégrité et les antécédents des policiers, qu’il s’agisse de candidats au recrutement ou d’agents déjà en service. Dans une institution où l’infiltration par des individus douteux et les soupçons de collusion avec des groupes criminels alimentent la méfiance de la population, ce type de contrôle est considéré comme un levier essentiel d’assainissement.
Au-delà du recrutement et du suivi du personnel, les polygraphistes certifiés apporteront également leur appui aux enquêtes criminelles et aux dossiers de corruption. L’outil pourra ainsi être utilisé pour orienter les investigations, recouper des témoignages et évaluer la sincérité des personnes entendues dans des affaires complexes. Il s’agit d’un moyen supplémentaire mis à la disposition des enquêteurs, qui ne remplace pas les méthodes classiques de collecte de preuves.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du soutien constant du Canada à la PNH, notamment en matière de formation, d’équipement et de renforcement institutionnel. L’appui de l’ambassade du Canada illustre la volonté des partenaires internationaux d’accompagner la police haïtienne dans sa modernisation, à un moment où le pays fait face à une insécurité persistante et à une forte pression pour restaurer la confiance entre les citoyens et les forces de l’ordre.
Cinq polygraphistes pour une institution comptant plusieurs milliers d’agents : le chiffre peut sembler modeste. Mais pour une police en quête de crédibilité, ces spécialistes pourraient bien devenir les sentinelles de sa propre vérité. Reste à savoir si la PNH aura la volonté et les moyens de les laisser faire leur travail jusqu’au bout.
Bob Landers Souffrant



