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Les mêmes visages, les mêmes recettes et la jeunesse spectatrice

Deux jours de discussions, des interventions enflammées et une conclusion tout aussi attendue : l’Assemblée de consensus national réclame le départ du Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, et son remplacement par un pouvoir bicéphale censé résoudre la crise. Les participants estiment que son gouvernement a échoué sur tous les plans.

Leur réquisitoire est connu. La sécurité n’a pas été rétablie, ce qui rend impossible la tenue d’élections. La réforme économique et sociale ne dépasse pas le stade des discours. Pendant ce temps, dénoncent-ils, les caisses de l’État sont dilapidées par un chef de gouvernement et des ministres incompétents. Ces griefs, beaucoup de citoyens les partagent. Mais la question n’est pas seulement de savoir ce qui est reproché au gouvernement. Elle est aussi de savoir qui formule ces accusations.

Car, autour de la table, on retrouve pour l’essentiel des acteurs politiques qui ont participé, de près ou de loin, à la fabrique du chaos actuel. Ceux qui alimentaient hier les blocages et les crises à répétition se présentent aujourd’hui en sauveurs. Leur méthode n’a pas changé : changer les têtes au sommet, redistribuer les postes et se positionner pour y revenir. Un « pouvoir bicéphale » n’est-il pas, avant tout, un partage du gâteau entre ceux qui ne savent pas s’en passer ?

Le paradoxe est d’autant plus frappant qu’en mars 2026, ces mêmes acteurs ont signé avec le gouvernement dirigé par M. Fils-Aimé un pacte pour la stabilité et l’organisation des élections, dans le but d’obtenir des privilèges. Aujourd’hui, ils exigent sa démission, alors même que son incapacité à diriger le pays était connue de tous dès le départ. Dans les deux cas, le pays a été découpé en parts de gâteau.

Le plus frappant reste le changement de discours. En 2018, on nous répétait que « notre barricade, c’est notre avenir ». La population a été invitée à bloquer, à brûler et à endurer. Huit ans plus tard, ce sont les mêmes milieux qui demandent aux Haïtiens de croire en une autre solution. Comment accorder du crédit à ceux qui ont changé de slogan sans jamais reconnaître leur part de responsabilité ? Pas un mot d’autocritique, pas une excuse pour les vies brisées, les emplois perdus et les années sacrifiées.

Le pays n’a pas besoin d’un énième arrangement entre des élites qui se connaissent trop bien. Il a besoin d’une rupture, et celle-ci ne viendra pas de ceux qui ont tout intérêt à ce que rien ne change vraiment. C’est à la jeunesse de prendre sa part de responsabilité dans la vie politique du pays : s’organiser, se former, exiger des comptes et se porter candidate aux élections. Si nous restons dans les tribunes à applaudir, d’autres décideront de notre avenir à notre place.

Ils ont mis le pays à terre et nous proposent maintenant de les aider à le relever, à condition de leur laisser les clés. Haïti ne sera pas sauvée par ceux qui ont fait de la crise un fonds de commerce. Qu’ils s’écartent : la jeunesse est prête à reprendre le flambeau, et elle ne demandera pas la permission.

Bob Landers Souffrant

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