Gwo Tèt : entre galère et passion, la trajectoire d’un artiste qui refuse de lâcher


Donald Gilot, plus connu sous le nom de scène Gwo Tèt, surnom hérité de ses années d’école, en référence à sa morphologie, est un jeune passionné d’écriture depuis l’enfance. Déjà sur les bancs de l’école classique, il rédigeait des textes pour ses camarades, sans savoir que cette plume allait un jour devenir son métier.
C’est en grandissant, sous l’influence de groupes et d’artistes du rap haïtien comme Barikad Crew, Rockfam, Baky Popilè ou encore Wendyyy Trak, qu’il trouve véritablement sa voie.
Avant de percer dans la musique, la vie de Donald Gilot n’a pas été un long fleuve tranquille. Il rêvait d’intégrer la police, mais les aléas du quotidien en ont décidé autrement : pour subvenir à ses besoins, il a dû devenir chauffeur de moto-taxi.
Le déclic arrive en 2025, avec la rencontre de son producteur Pablo « Philiphe ». C’est cette collaboration qui l’oriente définitivement vers l’art et qui voit naître l’artiste Gwo Tèt.
Pour Donald Gilot, devenir quelqu’un capable d’aider son entourage reste la principale motivation. Le besoin matériel est toujours présent, dit-il, mais il avance avec amour pour ce qu’il fait.
Il se considère aujourd’hui comme faisant partie des artistes haïtiens, même s’il reconnaît que la définition de ce statut fait encore débat dans le milieu.
Selon lui, la musique en Haïti souffre d’un manque de structures depuis des années : il n’existe pas de cadre permettant réellement aux artistes de vivre de leur art. Il établit un lien direct avec le désordre général du pays : quand l’État fonctionne mal, tous les secteurs en pâtissent, la musique y compris. Le talent ne manque pourtant pas, mais l’encadrement, lui, fait défaut.
Sa carrière, insiste-t-il, s’est développée presque exclusivement grâce aux réseaux sociaux, TikTok, Instagram, YouTube et au marketing en ligne, seuls véritables leviers qui lui ont permis de se faire connaître.
Son projet personnel touche à sa fin : il travaille actuellement sur son premier album, en parallèle de plusieurs collaborations en cours.
Sa vision reste toutefois très personnelle : devenir l’un des artistes les plus influents du pays, avant, à terme, de contribuer à créer de véritables retombées économiques dans l’industrie musicale haïtienne en s’inspirant notamment de son modèle Jay-Z. Pour l’instant, gagner en influence et en popularité constitue, selon lui, le point de départ de cette ambition.
Le plus grand frein qu’il rencontre reste le manque de moyens pour élargir son cadre artistique, auquel s’ajoute l’instabilité politique du pays, une réalité, précise-t-il, que partagent tous les artistes haïtiens sans exception.
Son avenir, il le voit entièrement dans la musique : « Ça passe ou ça casse », résume-t-il. Il se projette déjà comme producteur : « Je me vois produire des artistes, investir, aider les jeunes à développer leur art. Je vois mon avenir dans la musique. »
S’il avait le pouvoir de changer une chose dans l’industrie musicale haïtienne, ce serait de permettre aux artistes de vivre pleinement de leur art. Il évoque aussi le rôle du streaming, dont il tire une partie de ses revenus, même s’il reste marginal comparé à d’autres formes de valorisation de son travail.
Le conseil qu’il se donne à lui-même, et qu’il adresse aux autres jeunes, tient en une phrase tirée de l’une de ses chansons :
« Menm si sa ta rive, van pa soufle, solèy pa leve… se pa lage. »
Elianne Georgette Louis



