Société

À Delmas, la mairie assouplit sa position face au retour des commerçants sur les trottroirs

Après le passage des engins lourds de la mairie de Delmas entre Delmas 31 et 33, les hangars ont réinvesti les trottoirs. Derrière ce retour massif, il y a un constat surprenant : la municipalité n’a pas seulement fermé les yeux, elle a accordé des autorisations conditionnelles à plusieurs commerçants et entrepreneurs locaux.

Sur les lieux des anciennes démolitions, le décor semble identique, voire plus dense qu’auparavant. Les structures en bois et en tôle ont été reconstruites de manière plus appropriée. Des barrières en fer ont été érigées le long des trottoirs, et beaucoup de nouveaux étals, bars, échoppes ou petits services arborent des peintures toutes fraîches. Le nombre de petits commerces semble même avoir augmenté. Pour les usagers, l’impression de déjà-vu est immédiate, mais les dynamiques du problème ont évolué.

Face à la perte de leurs subsistances dans la rue La Fontant, un premier marchand confirme ce changement de cap négocié avec la municipalité, en déclarant :« Après la destruction de nos espaces, nous sommes allés à la mairie et ils nous ont finalement accordé une autorisation sous deux conditions strictes : garantir un espace de passage suffisant pour les piétons sur le trottoir et obtenir l’accord préalable du propriétaire riverain».

Cependant, cette règle ne s’applique pas de manière uniforme. Un peu plus loin, un autre commerçant dont l’espace n’a pas subi de démolition livre une tout autre version. Lorsqu’on lui demande s’il a dû signer un compromis avec les autorités, sa réponse est claire : « Non, il n’y a eu aucun compromis avec la mairie. Chez nous, ils n’ont rien démoli. Ils ont simplement fait une pause».

Pour preuve de sa légitimité, ce commerçant démontre d’autres espaces qui ont été tolérés.

Du côté de l’administration communale, la ligne officielle reste prudente. Interrogé dans les locaux de la mairie de Delmas, un responsable renvoie la décision finale au maire, tout en reconnaissant à demi-mot cette évolution : « C’est le maire qui pourra répondre officiellement sur l’arrêt des démolitions. Mais il a peut-être pris conscience de la réalité du terrain : humainement, la vie est dure et il n’y a pas d’autre endroit où ces gens peuvent vendre. Quant aux autorisations sous conditions, j’en ai effectivement entendu parler au sein de l’administration, c’est très probable».

Sur le terrain, la concrétisation de cette mesure montre toutefois ses limites. De l’autre côté du trottoir, le paysage est radicalement différent : aucun hangar n’a été réédifié et le bord de route reste totalement dégagé.

En conditionnant la réinstallation au respect de l’espace piéton et au consentement des propriétaires riverains, la municipalité tente de concilier ordre public et survie économique. Reste à savoir si ce fragile compromis saura résister à la pression croissante des marchands en quête d’espace sur des trottoirs souvent trop étroits pour accueillir tout le monde.

Ornessa Tessie Blanchard

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button