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La détresse des commerçants dépouillés face à l’indifférence de l’État

Sur la place Dessalines, au cœur du Champ de Mars, ce mardi 6 octobre 2026, le Collectif des citoyens du secteur informel haïtien et des petites entreprises a tenu une conférence de presse mettant en lumière un contraste saisissant avec les discours officiels, tout en lançant un appel à une grande mobilisation pour le mardi 13 octobre à partir de 10 heures du matin. Des centaines de familles déplacées et de petits commerçants, visiblement exténués et livrés à une extrême précarité, continuent d’occuper l’espace public. Le visage marqué par la faim, vivant dans des conditions d’hygiène déplorables, ils brandissent leurs banderoles pour crier une détresse que les autorités semblent refuser d’entendre.

Alors que l’État multiplie les annonces, prépare des échéances électorales et orchestre des dépenses budgétaires contestées, une question fondamentale s’impose : quand la vie de ces citoyens va-t-elle enfin s’améliorer ?

Les témoignages recueillis sur le terrain décrivent une rupture profonde entre les préoccupations des dirigeants et la réalité du peuple. L’État s’investit dans l’organisation d’élections et le déblocage de fonds publics, mais reste désespérément silencieux face au désastre humain qui se joue dans les rues de la capitale. Pourtant, des démarches ont été entreprises par les représentants du collectif. Ils ont rencontré le ministre des Affaires sociales et du Travail, mais cette démarche s’est conclue par de simples manœuvres dilatoires et de fausses promesses, sans aucune suite concrète jusqu’à ce jour.

La porte-parole des petits commerçants, Mme Margaly Bertanb, s’insurge contre la situation :

« Est-ce que les enfants des petits commerçants victimes n’ont pas de droits dans la société ? Est-ce que nous n’avons pas le droit de revendiquer ? Chaque fois que nous prenons la rue, l’État nous traite pire que des voleurs. Qu’est-ce qu’on a volé pour l’État ? »

Pour ces femmes et ces hommes issus du secteur informel, lequel représente 80 % de la société selon le coordonnateur national du collectif, Mondesir Junior Boileau, l’urgence n’est pas aux promesses politiques, mais à la survie au quotidien. Des mois s’écoulent sans que les enfants ne puissent regagner les bancs de l’école. « Nos enfants ont besoin d’une bonne éducation et d’aller à la faculté, tout comme les enfants des grands bourgeois », rappelle une mère de famille. Chassés de leurs quartiers et de leurs marchés, notamment à Solino, Carrefour-Feuilles, Marché Salomon ou Portail Léogâne, ces commerçants ont tout perdu. « Ils ont perdu leurs commerces, leurs maris, leurs affaires… Que voulez-vous qu’ils aillent faire maintenant ? », dénonce un représentant du collectif.

Ce que réclament ces manifestants, ce ne sont ni des promesses électorales ni des mesures de façade. Ils dénoncent le mépris des autorités et les tentatives d’apaisement dérisoires :

« Quand un secteur représente 80 % de la société, imaginez-vous ce qu’il faut donner à des gens qui sont des commerçants, pas des demandeurs de charité », dénonce un membre du secteur informel.

Le collectif exige un accompagnement direct, estimé entre 150 000 et 200 000 gourdes par commerçant, le déblocage des axes routiers et la sécurité pour pouvoir retravailler. Face à la répression et aux gaz lacrymogènes, la détermination reste totale :

« Tant que l’État ne nous répond pas, nous resterons dans les jambes de l’État jusqu’au bout. S’il ne nous entend pas, nous prendrons la rue d’une autre façon. »

En annonçant une nouvelle journée de mobilisation pour ce mardi 13 octobre dès 10 heures du matin, le collectif ne lance pas un simple appel à manifester, mais pose un ultimatum à un pouvoir jugé passif. Si l’État continue de privilégier ses ambitions politiques et ses réformes de papier au détriment de la survie de 80 % de sa population, la rue risque de devenir le seul tribunal où le peuple viendra exiger, sans détour, ce qu’on lui refuse depuis trop longtemps : sa dignité.

Ornessa Tessie Blanchard

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