La maltraitance infantile sert de chantage


La circulation croissante de séquences vidéo montrant des actes de violence physique commis par des mères sur leurs propres enfants remet au centre du débat la question de la protection de l’enfance en Haïti. Dans ces enregistrements diffusés sur les réseaux sociaux, des mères infligent des châtiments corporels à des mineurs tout en adressant des avertissements et des reproches au père absent, faisant de l’enfant une monnaie d’échange et un instrument de chantage.
Un premier cas impliquant deux enfants, un garçon et une fille, ligotés sur un lit et battus par leur mère, avait déjà suscité l’émoi sur les plateformes numériques. L’apparition récente d’une nouvelle vidéo mettant en scène une petite fille subissant des traitements similaires confirme la persistance de cette pratique. Au-delà des faits capturés par la caméra, ces événements laissent craindre une réalité encore plus vaste concernant les enfants victimes de violences à huis clos, loin des objectifs.
Selon la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU, ratifiée par Haïti, tout enfant a droit à la protection contre toutes les formes de violences physiques ou mentales. Interrogé sur le sujet, un psychologue souligne que la violence subie durant l’enfance engendre de multiples conséquences. Sur le plan physique, ces traumatismes répétés peuvent perturber la croissance normale et entraîner des séquelles visibles ainsi que des maladies chroniques à long terme, telles que des problèmes cardiovasculaires ou pulmonaires. Sur le plan comportemental et psychologique, l’enfant peut développer de l’anxiété, un stress chronique et des syndromes post-traumatiques, finissant parfois par banaliser la violence et par éprouver des difficultés d’attachement ou une baisse de l’estime de soi.
En l’absence de services sociaux publics structurés et fonctionnels capables de prendre en charge les signalements à l’échelle nationale, la protection de ces victimes directes et indirectes demeure précaire. Cette carence institutionnelle expose de nombreux mineurs à des risques accrus de maltraitance répétée au sein du foyer.
Face à la dégradation de la situation, l’urgence interpelle directement l’État haïtien, à travers l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) et la Police nationale d’Haïti (PNH), ainsi que les organisations internationales spécialisées dans la protection de l’enfance. Des mécanismes concrets de signalement, d’intervention d’urgence et d’hébergement sécurisé doivent être déployés pour soustraire ces enfants au danger et poursuivre les auteurs de ces actes conformément à la loi.
Ornessa Tessie Blanchard



