À l’Hôpital La Paix, les urgences au bord de l’asphyxie


À l’Hôpital Universitaire de La Paix, le service des urgences traumatologiques fonctionne aux abois. Submergé par un flot continu de traumatismes, le personnel soignant tente de sauver des vies au milieu d’un sous-effectif permanent, de blocages administratifs et d’un manque de matériel.
Les chaises transformées en lits de sérum, la salle d’attente offre le spectacle d’une détresse au long cours. Des dizaines de patients y demeurent assis, suspendus à l’appel de leur nom. Dans cette pièce surchargée et très bruyante, la tension est palpable, marquée par des échanges vifs entre médecins qui tentent d’organiser le tri. Au milieu de cette désorganisation, le constat est frappant : les quelques infirmières et médecins présents courent d’un lit à l’autre, dépassés par le nombre de malades à assister.
Au cœur de la salle des soins, la douleur ne s’exprime pas en silence. Les protestations d’une femme résonnent. Elle n’arrête pas de répéter qu’elle attend depuis de longues minutes une ordonnance médicale indispensable pour passer ses radiographies, bloquée dans son parcours alors que la souffrance physique devient intolérable.
Pendant que les urgences tournent à plein régime depuis l’aube, les responsables administratifs sont inactifs de la matinée. À 10 h 50 du matin, l’absence des responsables bloque l’accès aux informations et renvoie les usagers au lendemain. Une bureaucratie au ralenti, au point que certains soignants croisés dans les couloirs ignorent eux-mêmes où se situe le bureau administratif.
Pourtant, malgré cette tension permanente et l’insuffisance flagrante des effectifs, le comportement du personnel soignant dénote par son empathie. Ils conservent une courtoisie remarquable, multipliant les gestes d’apaisement pour, envers et contre tout, apporter une aide à chaque malade qui franchit la porte.
L’hôpital public fonctionne grâce à la volonté de ses soignants qui continuent de bricoler des miracles au quotidien. Mais pour le seul grand centre public encore debout dans une zone métropolitaine submergée par les traumatismes, la bonne volonté ne remplacera jamais l’action de l’État.
Ornessa Tessie Blanchard



