POLITIQUE

Inscription en ligne : le vote à portée de clic, mais pas de tous

810 000 inscrits sur 7 millions d’électeurs potentiels. Après près de trois mois d’opération, le constat est sans appel, et le Conseil électoral provisoire (CEP) ajoute une option : permettre aux Haïtiens de s’inscrire depuis leur téléphone. L’amendement du décret électoral, publié le 6 octobre 2026, lui en donne désormais le cadre légal. Reste à savoir qui pourra vraiment s’en servir.

Dans sa nouvelle version, l’article 59 prévoit que « le citoyen peut aussi s’inscrire par voie électronique sur le registre électoral à travers la plateforme numérique du CEP, muni de sa CIN valide ». Le texte précise que cette plateforme « remplit toutes les normes internationales de sécurité biométrique ». L’inscription en personne au Centre d’inscription et de vote (CIV), avec la carte d’identification nationale ou l’attestation délivrée par l’ONI, reste possible.

Si le nombre d’inscrits est si bas, ce n’est peut-être pas par manque d’intérêt, mais parce que s’inscrire coûte cher. Il faut se rendre dans un centre parfois éloigné, payer des frais de transport, renoncer à une journée de travail, puis attendre dans une file. Pour la marchande qui vit de ses ventes quotidiennes ou le chauffeur de moto-taxi, une journée perdue, c’est un repas de moins.

Le numérique pourrait alléger cet obstacle. Les jeunes, qui font déjà tout depuis leur téléphone, s’y adapteront sans peine. La diaspora, dont la participation est pourtant garantie par le décret, mais que le CEP n’a jamais réussi à intégrer, y verra enfin une porte ouverte.

Mais pour des millions d’autres, cette porte risque de rester fermée. Un smartphone, des données mobiles et un courant stable ne sont pas accessibles partout, et nombreux sont ceux qui n’ont jamais utilisé une plateforme en ligne.

L’enjeu est d’autant plus important que, selon l’article 59.1, « l’inscription est obligatoire pour l’exercice du droit de vote ». Une CIN valide ne suffit donc pas : un citoyen non inscrit ne pourra pas voter le jour du scrutin.

La plateforme, elle, n’existe pas encore. Le décret ne fait que lui offrir un cadre légal. Son succès ne se mesurera pas à la sophistication de sa technologie, mais à une seule chose : le nombre d’Haïtiens qu’elle aura réussi à atteindre, surtout parmi ceux qui sont aujourd’hui les plus éloignés des centres d’inscription.

Padéïssa Dodin

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