Les déplacés réclament un recensement et dénoncent l’inaction de l’État


Devant le site du ministère des Travaux publics, à Delmas 33, les déplacés manifestent une fois de plus ce mardi 20 octobre pour réclamer ce que tout être humain devrait obtenir sans avoir à le mendier : un minimum de dignité. Livrés à eux-mêmes dans des conditions de vie précaires et inhumaines, ils font face depuis trop longtemps à l’indifférence persistante de l’État.
Leur revendication est pourtant simple. Les manifestants exigent un recensement de la part des autorités concernées, notamment l’État haïtien et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce recensement est la clé qui leur permettrait de retrouver leurs maisons à Solino, d’où la violence des gangs les a chassés. Sans lui, ils restent des invisibles, des familles sans adresse et sans statut, que personne ne compte et que personne ne semble vouloir aider.
Sur le site, la vie ressemble à une lutte de chaque instant. Des familles entières s’entassent dans des espaces exigus, sous des abris de fortune qui protègent à peine de la chaleur et de la pluie. L’eau potable manque, les latrines sont insuffisantes et l’hygiène devient un luxe inaccessible. Les enfants grandissent dans la poussière et la promiscuité, loin de l’école, tandis que les maladies guettent chaque recoin du camp. Se nourrir est devenu un casse-tête quotidien pour des gens qui ont tout perdu, y compris leur gagne-pain.
À cette précarité matérielle s’ajoute une fatigue morale qui ronge. Les déplacés parlent de frustration, de colère, parfois de honte d’être réduits à dépendre de la charité. Ils racontent les nuits sans sommeil, l’angoisse de l’insécurité, l’humiliation de voir les promesses se succéder sans jamais se concrétiser. Chaque matin ramène la même question : combien de temps encore faudra-t-il survivre ainsi ? Aucune réponse ne vient, et ce silence pèse plus lourd que la faim.
Face à ce désespoir, la réaction des autorités se résume à une absence. Ni l’État ni les organisations censées coordonner l’aide ne se sont présentés avec des réponses concrètes à la hauteur de l’urgence. Les déplacés ont donc choisi la rue pour se faire entendre. Leur mouvement, poursuivi ce mardi, se maintiendra jusqu’à nouvel ordre si aucune autorité concernée ne répond à leurs revendications. Cette détermination n’est pas un caprice : c’est le dernier recours de gens qui n’ont plus rien à perdre.
Car, au fond, Delmas 33 pose une question qui dépasse ce seul site : que vaut un citoyen quand il n’a plus de maison ? Un État qui laisse ses déplacés pourrir dans la boue, sous les tôles et dans l’oubli, ne trahit pas seulement ses obligations, il trahit sa raison d’être. Ces hommes, ces femmes et ces enfants ne demandent ni faveur ni miracle, seulement de rentrer chez eux. Tant qu’on les ignorera, leur cri continuera de résonner, et il accusera, à chaque heure qui passe, ceux qui ont choisi de ne pas l’entendre.
Bob Landers Souffrant



