Un budget à l’image de l’impéritie du gouvernement


Le gouvernement haïtien a adopté, mercredi 30 septembre 2026, le budget de la République pour l’exercice fiscal 2026-2027, à l’issue d’un Conseil des ministres tenu à la Primature. Le document budgétaire est évalué à 401,2 milliards de gourdes.
Cette nouvelle prévision budgétaire accorde une place prépondérante à la sécurité. Les ministères de la Défense et de la Justice obtiennent la plus importante allocation, avec une enveloppe de 73 milliards de gourdes, soit 18 % du budget. Selon les autorités, ces fonds serviront à poursuivre les objectifs fixés par le gouvernement en matière de sécurité.
Le processus électoral s’est également vu allouer une part importante du budget. Quelque 8,6 milliards de gourdes ont été ajoutés au titre de dépenses exceptionnelles liées au processus électoral, notamment pour l’appui aux partis politiques. Un montant additionnel de 2,7 milliards de gourdes vient ainsi s’ajouter aux 5,9 milliards prévus dans le budget rectificatif 2025-2026.
Dysfonctionnel depuis environ cinq ans, le Parlement haïtien connaît également une hausse du montant prévu pour son fonctionnement. Le gouvernement justifie ces crédits budgétaires additionnels par la nécessité d’assurer le fonctionnement régulier de l’institution, notamment en raison du renouvellement du personnel politique à la suite des élections.
Selon la note de cadrage, la relance économique, dont le gouvernement fait l’un de ses principaux arguments, est étroitement liée à l’organisation des élections. La lettre de cadrage identifie d’ailleurs parmi les priorités du prochain exercice le redressement et la relance économique, mais aussi la sécurité alimentaire, la protection sociale et l’accès aux services sociaux de base.
Aucune précision n’est toutefois apportée concernant les fonds disponibles pour les mécanismes qui devraient être mis en place afin de favoriser concrètement la croissance économique en Haïti. Une situation qui laisse planer le doute sur une politique de courte durée, davantage destinée à donner l’illusion de l’action qu’à produire des effets structurels. Une caractéristique dont le gouvernement de Fils-Aimé semble, à certains égards, reprendre les travers de ses prédécesseurs.
La sécurité est certes une condition première à toute démarche visant le retour à l’ordre constitutionnel. Nul ne saurait raisonnablement le contester. Mais la mise en place de stratégies susceptibles de permettre un retour à la normale semble, à la lumière des faits, reléguée au second plan dans la politique publique du gouvernement en la matière.
La hausse du budget consacré au processus électoral et celle destinée au Parlement soulèvent également des interrogations. Augmenter les prévisions budgétaires pour le fonctionnement d’un Parlement dont la mise en place dépend d’élections dont l’organisation demeure incertaine peut être perçu comme le signe d’une gestion publique déconnectée des priorités immédiates du pays.
Pourquoi augmenter le budget destiné au fonctionnement d’un Parlement qui n’existe pas encore, alors que le pays ne dispose pas d’un nombre suffisant d’hôpitaux publics pour répondre aux besoins d’une population en constante croissance ? Comment justifier l’accompagnement financier des partis politiques alors que la loi sur les partis politiques peine à être appliquée dans son intégralité et que certaines de ses dispositions demeurent encore sujettes à débat ? Comment placer le processus électoral au-dessus des besoins d’une population dont la participation et l’adhésion au processus dépendent aussi de ses conditions de vie ?
Une fois de plus, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé donne le sentiment de privilégier les échéances institutionnelles au détriment des urgences sociales. Alors que des millions d’Haïtiens sont confrontés à l’insécurité alimentaire, aggravée par la détérioration de la situation sécuritaire, l’équipe au pouvoir semble faire de l’organisation des élections l’une de ses principales priorités, au risque de laisser en arrière-plan les conditions sociales et économiques nécessaires à leur crédibilité et à leur réussite.
Dieunel BELLEGARDE



