

La Cour de cassation, à Port-au-Prince, a accueilli ce lundi 5 octobre 2026 la cérémonie d’ouverture de l’année judiciaire en Haïti. Un événement symbolique : il y a deux ans, les magistrats de la haute juridiction avaient dû déserter leurs locaux pour des raisons de sécurité. Cette fois, ils ont pu s’y retrouver pour lancer le nouvel exercice judiciaire.
Dans un entretien accordé à Ficom TV, Me Assenel Paul, avocat militant et conseiller juridique de l’Union des avocats haïtiens pour la défense de la profession (UNAHPEP), a dressé un état des lieux sans complaisance. Selon lui, l’année judiciaire s’ouvre dans un contexte très difficile, marqué par l’insécurité, alors que plusieurs juridictions ne fonctionnent qu’à moitié.
« Nous souhaitons que, là où la justice fonctionne, les magistrats et les commissaires du gouvernement prennent en main les dossiers des justiciables », a-t-il plaidé, rappelant que de nombreux prisonniers sont incarcérés dans les centres carcéraux en attendant d’être jugés.
Pour garantir la sécurité des juges et des commissaires du gouvernement, Me Paul s’en remet aux autorités étatiques, qu’il invite à prendre des mesures afin de rendre les tribunaux plus accessibles. Il cite en exemple le tribunal de paix de Pétion-Ville, situé en plein marché et entre deux maisons closes. Selon lui, une justice bien organisée serait plus fiable et plus efficace.
L’avocat a également évoqué le rapport dressé par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), organe administratif chargé de veiller à la bonne marche de l’appareil judiciaire. Il estime que cette institution doit agir en toute impartialité et remplir pleinement sa mission. À ce titre, des avocats, dont lui-même, ont signé une pétition auprès du CSPJ pour demander la réintégration du commissaire Cantave.
Me Paul demande enfin au CSPJ et au ministère de la Justice de prendre en considération la situation des tribunaux, en particulier celle du tribunal de paix de Pétion-Ville. Il estime que les auxiliaires de la justice travaillent dans des conditions inhumaines et exhorte les autorités à agir pour améliorer la situation sécuritaire du pays.
Alors que la justice haïtienne tente de reprendre son souffle, l’ouverture de cette année judiciaire à la Cour de cassation ravive l’espoir d’un retour à la normale. Reste aux autorités à transformer ce symbole en actes concrets : sans sécurité, il n’y a pas de justice.
Bob Landers Souffrant



