Insécurité en Haïti : à qui profite le chaos pendant que le peuple agonise ?


Dans un pays où la sécurité et la liberté de la population devraient être un impératif pour un gouvernement responsable, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader depuis plusieurs années. Aujourd’hui, nous devons nous poser ces questions en tant que peuple : à qui profite l’insécurité dans le pays ? Au gouvernement ? À la classe des affaires ? Aux gangs ?
La sécurité de la population, sur toute l’étendue du territoire national, dépend de l’État et du Conseil supérieur de la Police nationale.
À la Primature et dans plusieurs ministères régaliens du pays existe un fonds alloué aux services de renseignement, qui disposent d’un budget conséquent. La Primature dispose de 45 000 000 de gourdes par mois pour les services de renseignement ; le ministère de la Défense, quant à lui, en reçoit 25 000 000 ; les ministères de la Justice et de l’Intérieur et des Collectivités territoriales disposent chacun d’environ 12 000 000 de gourdes par mois, uniquement pour les services de renseignement.
Tous ces millions sont attribués aux services de renseignement du pays, mais semblent rester dans les poches de nos dirigeants, pour des raisons que l’on ignore jusqu’à présent.
Lors de la première attaque des assaillants à Kenscoff, le 25 janvier 2025, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait déclaré publiquement, lors d’un point de presse, que son gouvernement et tous les services de renseignement étaient parfaitement au courant du projet des assaillants d’attaquer la commune de Kenscoff, avant même que le drame ne se produise.
Les hommes d’affaires, eux, s’enrichissent dans les secteurs maritime et aéronautique. Les propriétaires de bateaux prospèrent financièrement à chaque conteneur de marchandises transporté : le client doit débourser environ 1 000 dollars américains. À Jacmel, les passagers font la queue pour attendre un avion à destination de Port-au-Prince. Pour un vol de Port-au-Prince à Jacmel, chaque passager doit payer 150 dollars, dans un appareil pouvant accueillir cinq personnes, pour un trajet d’environ vingt minutes. Ces hommes profitent de l’instabilité politique et sécuritaire pour s’enrichir chaque jour, au détriment de la population.
Par ailleurs, les assaillants poursuivent leurs extorsions ; les cas de kidnapping persistent dans le pays ; ils s’enrichissent à travers des postes de péage sur les routes qu’ils contrôlent ; l’industrie de l’enlèvement se poursuit. Cet enrichissement est lié à une démission totale de l’État.
Des riverains dénoncent le laxisme de l’État face à l’insécurité sanglante qui, depuis plusieurs années, fait rage dans le pays. À Delmas 60, tout près du ministère du Commerce et de l’Industrie, se trouve un véhicule blindé stationné chaque jour à côté d’une station-service, tandis que d’autres véhicules blindés se trouvent devant la Primature, uniquement pour sécuriser le siège du gouvernement.
À Kenscoff comme dans l’Artibonite, les attaques meurtrières des assaillants continuent. La population, elle, a été laissée seule face à l’assaut des bandits.
Ce constat est accablant : pendant que les caisses de l’État déversent des dizaines de millions de gourdes chaque mois dans des services de renseignement dont l’efficacité reste à prouver, la population, elle, meurt, fuit ou paie de sa poche pour compenser l’absence de l’État. Les blindés protègent les palais et les ministères, jamais les routes de campagne où l’on kidnappe et où l’on tue. Les riches du secteur maritime et aéronautique transforment le chaos en marché lucratif, quand des familles entières n’ont plus les moyens de circuler dans leur propre pays. Entre un État absent par négligence, complaisant par calcul ou complice par intérêt, une chose demeure certaine : ce n’est pas le peuple qui profite de l’insécurité. Et tant que cette question restera sans réponse, l’impunité continuera de nourrir le chaos.
Bob Landers Souffrant



