La formation express du programme P4000 de la PNH dérive sur le terrain


Sur le papier, la promesse gouvernementale affichait une ambition presque héroïque, celle de gonfler au plus vite les rangs de la Police nationale d’Haïti (PNH) pour faire face à la terreur des gangs armés. En pratique, le programme P4000, lancé depuis octobre 2025 par le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), et ses sessions de formation express, réduites à seulement trois mois, tournent au fiasco institutionnel et humain. Alors que la troisième cohorte s’apprête à sortir de l’École nationale de police (ENP), les voix s’élèvent pour dénoncer une dégradation du métier de policier et une augmentation des dérives policières dans les quartiers.
Dans les rangs de la police, la pilule ne passe pas. Pour les vétérans issus des 21ᵉ, 27ᵉ ou 28ᵉ promotions, le constat est sans appel : on ne fabrique pas un policier en 90 jours. Selon plusieurs agents, le lancement du programme P4000 a profondément altéré le niveau d’exigence et les standards de l’École nationale de police.
« Une formation ne peut pas durer si peu de temps », déclarent des policiers chevronnés, inquiets de voir la rigueur académique et tactique de l’institution reléguée au second plan par des impératifs politiques.
Loin d’apporter la sérénité attendue dans les rues, certaines recrues multiplient les comportements irresponsables. Pour de nombreux citoyens, le diagnostic est clair : les recrues sont trop jeunes, manquent cruellement de maturité et la durée du cursus ne permet pas de leur inculquer la maîtrise de soi nécessaire au port d’une arme à feu.
« L’État dépose des armes à feu dans les mains d’enfants », déplorent des habitants excédés par la détérioration du climat sécuritaire.
Les témoignages du quotidien illustrent ce basculement effrayant. Une riveraine raconte avec effroi le comportement de son voisin, un jeune policier issu de la 36ᵉ promotion. Selon elle, le policier n’hésite plus à faire usage de son arme de service et à ouvrir le feu à hauteur d’homme directement dans son voisinage, témoignant d’un déficit alarmant de sang-froid et de discipline.
Pourtant, au tout début du programme, bien avant que ces comportements irresponsables ne fassent surface sur le terrain, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait affirmé sans détour qu’il s’agissait des « meilleures promotions de la police, mieux formées que toutes les autres ». Cette déclaration passée résonne aujourd’hui de manière troublante face à la réalité vécue par les citoyens.
Alors que la 3ᵉ cohorte s’apprête à boucler son cursus express pour intégrer le réseau routier et les zones de conflit, la peur ne vient plus seulement des groupes criminels, mais aussi de la présence d’agents mal préparés et armés à la hâte.
Ornessa Tessie Blanchard


