La jeunesse haïtienne : entre insécurité, incertitude et espoir


En Haïti, l’insécurité ne bouleverse pas seulement le quotidien. Elle rend aussi l’avenir difficile à prévoir. Entre études, chômage, entrepreneuriat et envie de partir, chacun tente de trouver sa voie dans un contexte où il devient difficile de se projeter.
Dans des conversations avec de nombreux jeunes diplômés de différentes facultés de la zone métropolitaine, leur incertitude chronique quant à leur avenir ne cesse de les hanter.
Stéphania Paul, étudiante en sciences juridiques et salariée, dit vivre avec une vigilance permanente. « Je suis constamment stressée, toujours sur mes gardes dans la rue, n’importe où je vais. J’ai toujours envie de courir », confie-t-elle. Malgré tout, elle poursuit ses études, convaincue que la formation reste importante pour son avenir. L’espoir d’un avenir meilleur, dit-elle, lui permet de continuer.
Cette volonté de poursuivre malgré les difficultés se retrouve aussi chez d’autres jeunes. Une étudiante en première année de comptabilité à Alliance Informatique, qui souhaite garder l’anonymat, explique que la situation affecte son équilibre psychologique. « Sur le plan psychologique, l’insécurité provoque du stress, de l’anxiété et affecte ma concentration », témoigne-t-elle. Et pourtant, elle reste motivée par la volonté de réussir et d’avoir un meilleur avenir.
Mais pour certains, les difficultés ne s’arrêtent pas aux portes des établissements scolaires ou universitaires. Une autre bataille commence après les études : celle de l’emploi.
Diplômé en comptabilité et sans emploi depuis trois ans, André Jean espérait trouver un travail. Il a envoyé des CV et multiplié les démarches. « Trois ans, c’est long », dit-il. « J’ai étudié, j’ai des compétences, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de les mettre réellement en pratique », poursuit-il.
À force d’attendre, le doute s’installe. Jean se demande parfois si ses études étaient nécessaires, surtout dans le contexte haïtien. Il pense à partir à l’étranger pour pouvoir travailler et mettre ses compétences à profit.
Le désir de partir apparaît ainsi comme une possibilité pour certains, mais pas nécessairement comme un renoncement au pays pour d’autres. Pour Jean Calixte Lestius, la réponse passe, pour l’instant, par un projet de départ. Journaliste sportif, il estime que l’insécurité paralyse ses activités et réduit ses possibilités professionnelles. Il souhaite quitter Haïti pour se former avant de revenir contribuer au changement. Son départ n’est donc pas nécessairement un renoncement au pays, mais plutôt une manière de chercher ailleurs les moyens de préparer son avenir.
La jeunesse haïtienne essaie de tenir debout malgré les difficultés. Les jeunes continuent d’étudier et de chercher du travail, mais leurs décisions sont souvent prises dans un contexte où ils ne peuvent pas prévoir ce que sera leur lendemain.
Selon le sociologue Emmanuel Bernard, l’insécurité affecte la capacité des jeunes à se projeter. Lorsqu’un jeune ne sait pas s’il pourra aller travailler demain, trouver un emploi après ses études, ou même terminer sa formation, il devient difficile pour lui de faire des projets à long terme. Redonner confiance aux jeunes nécessite alors plus que des encouragements. « Il faut d’abord leur redonner des raisons d’espérer », estime-t-il.
Face à cette situation, la responsabilité de l’État reste essentielle. Garantir la sécurité, créer des emplois et offrir aux jeunes des conditions leur permettant d’étudier et de travailler doivent devenir des priorités. Car, malgré tout, l’espoir demeure chez cette jeunesse. Encore faut-il lui donner les moyens de croire que cet espoir peut devenir réalité, ici, en Haïti.
Padéïssa Dodin


