L’ambition sans frontière d’un artiste haïtien


Mardi Cleevens, plus connu sous le nom de « Mardi Pa Trip », doit son surnom à son entourage : on le décrivait comme quelqu’un capable d’aborder n’importe quelle jeune femme sans jamais se laisser décontenancer.
Un hommage devenu vocation
Selon l’artiste, c’est un ami aujourd’hui disparu, Passion, qui l’a orienté vers la musique depuis sa toute jeunesse. À la mort de son ami, Mardi Pa Trip lui rend hommage à travers un titre devenu emblématique, « Ou bloke kèm ou bloke kè nou tout ». Depuis, dit-il, il poursuit ce que son ami avait entamé, faisant de la musique le prolongement de cet héritage.
L’artiste se revendique à vocation internationale. « La musique n’a pas de frontière », affirme-t-il, confiant qu’il envisage un jour de collaborer avec Burna Boy. Il a notamment partagé la scène avec Elephant Man, lors de son passage en Haïti au Nomoving, à Carrefour, ainsi qu’avec Kalash, lors de sa tournée au Centre sportif de Carrefour. Selon lui, les artistes haïtiens pourraient prétendre à une reconnaissance bien plus large si le pays disposait d’infrastructures et d’un cadre plus structuré.
Il reconnaît ne pas maîtriser pleinement les codes des réseaux sociaux, mais admet leur influence déterminante sur sa carrière. Plusieurs projets sont en préparation : le clip de « Aretem Komandan », prévu pour le 3 décembre 2026, jour de son anniversaire, un remix avec le producteur Andy Beats, ainsi qu’une version achevée avec l’artiste Djoulie Best.
Il se projette à plus long terme dans la production musicale, afin d’accompagner de jeunes artistes. « La musique ne demande pas tant que ça, explique-t-il. Je connais les stratégies pour la faire fonctionner, mais au fond, elle ne demande que du feeling. »
Interrogé sur ce qu’il changerait s’il en avait le pouvoir, l’artiste évoque une ambition culturelle : voir le créole haïtien chanté à travers le monde, à l’image de ce qu’ont accompli des artistes africains avec leurs langues respectives. « C’est ce que je voudrais démontrer », confie-t-il.
Mardi Pa Trip vit hors d’Haïti depuis 2023, après avoir reçu des projectiles alors qu’il se rendait à une performance rue Charreron. Depuis, il reste actif dans le secteur musical du pays et place la paix sociale au sommet de ses priorités, estimant qu’un climat apaisé stimulerait la créativité des artistes et permettrait d’attirer des visiteurs étrangers.
S’adressant à la jeunesse, il livre un message qu’il dit porter depuis toujours : croire en soi. « Personne ne travaille en vain. Cela peut prendre cinq à dix ans, mais on finit par récolter le fruit de son travail. » Il cite en exemple plusieurs de ses titres, dont « Ou bloke kèm ou bloke kè nou tout » et « Jezi pou vale trip mw fè ak zanmim, se fòt peyim manman’m pa ka al lopital ». Il conclut sur une réflexion personnelle, en créole : « Pi gwo regrèt mwen se regrèt mwen te konn regrèt sa ki pase nan vim mwen, fòk yo te pase nan vim mwen pou m’ te aprann de yo. »
Son répertoire compte des collaborations avec Izolan et TonyMix, ainsi qu’un titre coécrit avec Passion. Parmi ses titres les plus cités : « Nou gen shit sa yo tou », « Manman’m pa ka al lopital, se fòt peyim », « Ou bloke kèm ou bloke kè nou tout », « Siw wè’m renmenw se pa epav mwen ye » et « Aretem Komandan ».
Au-delà de sa carrière artistique, Mardi Pa Trip affirme venir en aide aux enfants de la rue depuis Haïti, qu’il habille et coiffe avec les moyens dont il dispose. Un live consacré à cette activité sera diffusé cette semaine ; l’artiste indique qu’à la date du 22 septembre, il finalise encore le budget afin d’annoncer la date exacte. Il tient à se démarquer de certaines pratiques d’aide qu’il juge contestables, dénonçant le fait que certains bénéficiaires ne seraient pas réellement dans le besoin, selon lui.
Elianne Georgette Louis



