ActualitéPOLITIQUE

Le doute persiste autour des élections, le CEP joue les cosmopolites

L

Le Conseil électoral provisoire (CEP), à travers plusieurs notes publiques, informe de l’envoi de plusieurs délégations à l’étranger. Des représentants de l’institution seront dépêchés afin de faire avancer l’inclusion de la diaspora dans le processus électoral, notamment en France, ainsi que pour observer plusieurs élections générales qui seront organisées au Brésil et au Canada. Ces déplacements interviennent dans un contexte de fortes inquiétudes autour de la faisabilité des élections en Haïti.

Une commission conduite par le vice-président du CEP, Jacceus Joseph, et composée de deux autres conseillères, Yves Marie Édouard et Rose-Thérèse Magalie Georges, se trouve actuellement en France, informe l’institution électorale. Elle a pour principale mission de poursuivre les échanges avec les autorités françaises ainsi qu’avec les organisations haïtiennes de la diaspora, dans la perspective de la participation des Haïtiens de l’extérieur aux prochaines compétitions électorales.

Parallèlement, plusieurs autres membres du Conseil électoral se trouvent dans différents pays. Ces délégations ont été dépêchées à des fins d’observation de différents scrutins qui seront organisés au Brésil et au Canada.

D’une part, le conseiller Patrick Saint-Hilaire et la conseillère Marie Florence Mathieu se rendront prochainement au Brésil. Cette délégation aura notamment pour mission d’observer le déroulement des élections générales brésiliennes, dont le premier tour est prévu le 4 octobre 2026. Ces élections concernent notamment les fonctions de président et de vice-président de la République, de gouverneur, de sénateur, de député fédéral et de député d’État ou du District fédéral.

D’autre part, le conseiller Jacques Dérosiers, à la tête d’une délégation, se rendra au Canada. Cette visite s’inscrit dans la démarche d’observation des élections générales provinciales entreprise par l’institution électorale haïtienne. Ces scrutins serviront notamment à pourvoir les 127 sièges de l’Assemblée nationale du Québec.

Toutefois, ces différentes démarches reçoivent un accueil plutôt tiède au sein de la population. Plus d’un estime que ces initiatives ne sauraient contribuer à rétablir la confiance des citoyens dans le processus électoral. Certains y voient plutôt une utilisation discutable des ressources du Trésor public.

À cet égard, ces délégations seront logées, nourries et prises en charge aux frais des contribuables. La nécessité de tels déplacements soulève donc des interrogations, au moment où le processus électoral haïtien se trouve dans une impasse et où les conditions de sécurité demeurent préoccupantes.

Comment inclure le vote de la diaspora alors qu’une grande partie des citoyens vivant sur le territoire national risque de ne pas avoir accès aux urnes ? Quelle est la nécessité d’observer des scrutins dans des pays où les institutions électorales fonctionnent dans des conditions autrement plus stables, alors qu’Haïti peine encore à réunir les conditions minimales nécessaires à l’organisation de ses propres élections ?

À travers ces démarches, le Conseil électoral donne, aux yeux de certains observateurs, l’impression de sous-estimer les réalités du terrain. En mettant la charrue avant les bœufs, les conseillers électoraux semblent accorder une place importante aux missions internationales alors que la sécurité et la stabilité demeurent les conditions essentielles à l’organisation d’élections crédibles et inclusives. À cela s’ajoute la révision du décret électoral, considérée comme un outil indispensable à la tenue des prochaines élections, mais dont la nouvelle version n’est toujours pas publiée.

Pour l’heure, le défi est moins de pavaner sur les boulevards de Paris, dans les rues de São Paulo ou dans les salons de Montréal que de créer, en Haïti, les conditions permettant aux citoyens de voter librement et en sécurité. Car avant de penser à exporter l’expérience électorale haïtienne à l’étranger, encore faudrait-il garantir la possibilité d’exercer le droit de vote sur le territoire national.

Dieunel BELLEGARDE

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button