ActualitéSociété

Les Madan-Sara, victimes oubliées de l’insécurité

La recrudescence des actes de violence en Haïti, particulièrement à Kenscoff, affecte considérablement les activités des Madan-Sara. Malgré leur marginalisation, ces commerçantes contribuent à faire vivre l’économie haïtienne depuis l’aube de l’indépendance. Elles jouent un rôle essentiel dans la chaîne de distribution des produits agricoles, en assurant le lien entre les planteurs et les consommateurs.

Depuis quelque temps, la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays fragilise considérablement leurs activités économiques, dont dépendent des familles entières. Certaines ont vu s’effondrer, du jour au lendemain, des réalisations bâties au prix de plusieurs années de labeur. Aujourd’hui, elles tentent de survivre grâce à un commerce qui leur permet à peine de subvenir à leurs besoins.

Gislène figure parmi ces nombreuses Madan-Sara qui ont tout perdu du jour au lendemain à cause de l’insécurité. Rencontrée au marché de Tête-de-l’Eau, à Pétion-Ville, alors qu’elle exposait quelques produits maraîchers sur un tapis posé à même le sol boueux, elle confie avoir perdu l’essentiel de ses acquis. Désormais, elle est contrainte de se livrer à ce petit commerce pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants.

« Je vendais au marché de la Croix-des-Bossales. Grâce aux bénéfices que j’ai accumulés, j’ai pu construire une maison à Nazon. Les revenus locatifs me permettaient de couvrir les frais universitaires de mes enfants. Mais aujourd’hui, j’ai tout perdu à cause des groupes armés opérant à La Saline et des incursions des gangs à Nazon », déplore-t-elle.

La raréfaction des produits, provoquée notamment par la perturbation des activités agricoles et les difficultés d’approvisionnement, contraint les Madan-Sara à recourir à des solutions de rechange pour maintenir leurs activités. Privées de leurs fournisseurs habituels dans les zones de production, certaines se rabattent sur le petit commerce de détail. Cette situation contribue à la hausse des prix des produits et réduit le pouvoir d’achat des consommateurs, entraînant une baisse de la fréquentation des marchés.

Souvent oubliées dans les débats sur la crise sécuritaire, ces commerçantes contribuent pourtant au fonctionnement de l’économie nationale. La paralysie de leurs activités, sous l’effet de l’insécurité, fragilise davantage les circuits de distribution, menace les moyens de subsistance de nombreuses familles et accentue les difficultés économiques d’un pays confronté à plusieurs années consécutives de croissance négative.

Ces battantes ne réclament pas l’aumône. Elles exigent avant tout des conditions de sécurité permettant la libre circulation des personnes et des marchandises, afin de pouvoir reprendre leurs activités dans des conditions dignes. Il incombe aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la sécurité et favoriser le retour à la stabilité.

Malgré leur marginalisation, les Madan-Sara occupent une place déterminante dans la mobilité sociale en Haïti. Nombre de cadres et de hauts fonctionnaires du pays ont pu poursuivre leurs études grâce aux sacrifices de mères qui exerçaient cette activité commerciale. Derrière leurs étals se cachent ainsi des histoires de résilience, de sacrifices et d’ascension sociale que l’insécurité menace aujourd’hui de réduire à néant.

Dieunel BELLEGARDE

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button