

Du carburant de mauvaise qualité dans les réservoirs, des écoles sous la menace permanente des enlèvements et un pouvoir d’achat en chute libre. Ce mardi 22 septembre 2026, au Flambeau Resto Club de Delmas, la Centrale unitaire des travailleurs/euses des secteurs public et privé d’Haïti (CUTRASEPH) et ses syndicats affiliés ont dénoncé la faillite des autorités centrales, les accusant de complicité avec le secteur privé au détriment d’une population aux abois.
Premier sujet d’indignation abordé par les dirigeants syndicaux : la circulation d’un carburant frelaté, responsable, selon eux, d’importants dégâts mécaniques sur les moteurs. Pour les professionnels du transport et les usagers, les pertes financières sont colossales.
Jonet St-Élois, président de l’Association des motocyclistes pour le bien-être de la communauté (AMOBIC), pointe du doigt le laissez-faire des autorités :
« Le ministère du Commerce a totalement failli à sa mission. On a abandonné les chauffeurs et la population face à ce poison mécanique. Nous sommes en train de dresser un rapport complet répertoriant toutes les victimes. Cette affaire ne passera pas inaperçue. Nous exigeons la publication immédiate des résultats de l’enquête pour fixer les responsabilités. »
De son côté, le Syndicat des consommateurs haïtiens (SYNCOH), représenté par son président Jean Garby Britus, annonce le dépôt imminent d’une plainte par-devant la justice pour exiger des réparations. Le professeur Josué Mérilien, secrétaire général de la CUTRASEPH, pointe une responsabilité partagée entre l’État et le secteur privé, exigeant que toute la lumière soit faite sur les responsables de l’importation de ce carburant toxique.
Sur le terrain de l’éducation, le constat dressé par le front syndical est tout aussi alarmant. Alors que de nombreux établissements scolaires manquent d’espace et d’infrastructures adéquates, le Fonds national d’éducation (FNE) est accusé d’avoir été détourné de sa vocation première au profit du parti politique EDE et de responsables au pouvoir. Les syndicalistes dénoncent notamment l’utilisation scandaleuse de véhicules appartenant au FNE au sein de cortèges politiques partisans. La CUTRASEPH appelle à une mobilisation générale des acteurs de l’éducation pour libérer l’institution et restituer ces fonds aux écoles et aux parents d’élèves.
Alors que l’année académique s’ouvre dans un climat de terreur marqué par la recrudescence des kidnappings d’élèves à Delmas et au centre-ville, les syndicats refusent d’y voir une simple fatalité. Josué Mérilien qualifie la situation d’« insécurité planifiée », soutenant qu’elle constitue un marché rentable pour certaines autorités. Selon lui, seule une prise en main par la population permettra d’en finir avec ce fléau. Le dirigeant syndical appelle également les travailleurs des secteurs public et privé à se mobiliser fermement pour exiger le paiement du 14ᵉ mois et le retrait pur et simple de la note annonçant une augmentation de 15 % des taxes prévue pour le mois d’octobre.
Entre dépôts de plaintes imminents, exigence de réparations pour les victimes du carburant toxique et rejet catégorique de la surtaxe d’octobre, le front syndical a tracé une ligne rouge. En appelant à la fois les tribunaux et la rue à prendre leurs responsabilités, la CUTRASEPH avertit que l’impunité et l’abandon systématique des citoyens ne seront plus tolérés.
Ornessa Tessie Blanchard



