Le massacre du Persil, l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire haïtiano-dominicaine


Du 2 au 8 octobre 1937, l’armée dominicaine a massacré des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne dans les zones frontalières du nord-ouest, notamment autour de Dajabón, Monte Cristi et Restauración. Cette campagne, appelée « massacre du Persil » (Masacre del Perejil), a été ordonnée par le dictateur dominicain Rafael Leónidas Trujillo.
Les victimes étaient principalement des travailleurs haïtiens installés en République dominicaine, ainsi que leurs descendants. Les soldats les arrêtaient avant de les tuer à la machette, au couteau ou par balles. La frontière avait été fermée afin d’empêcher les personnes ciblées de fuir vers Haïti.
Le bilan exact reste incertain. Les historiens avancent des estimations comprises entre 15 000 et 20 000 morts, tandis que le chiffre de 17 000 victimes est souvent cité.
Le nom de « Persil » viendrait d’un test utilisé par les soldats : ils demandaient aux personnes soupçonnées d’être haïtiennes de prononcer le mot espagnol perejil. Les historiens restent toutefois prudents quant au caractère systématique et à l’ampleur réelle de cette méthode.
Ce massacre constitue l’un des plus importants crimes de masse commis en Amérique latine et dans la Caraïbe au XXᵉ siècle. Il s’inscrivait dans une politique de « dominicanisation » de la frontière, marquée notamment par le rejet des Haïtiens et des discriminations à leur encontre.
En 1938, un accord prévoyait le versement d’une indemnisation de 750 000 dollars, finalement ramenée à 525 000 dollars. Une très faible partie de cette somme est effectivement parvenue aux victimes et à leurs familles. Aucun responsable n’a été jugé, et cette tragédie demeure profondément ancrée dans la mémoire des deux peuples.
Quatre-vingt-neuf ans plus tard, le massacre du Persil rappelle l’ampleur des violences subies par les Haïtiens et le devoir de préserver la mémoire des victimes. Il rappelle également la résilience d’un peuple qui, depuis 1804, année de la proclamation de l’indépendance d’Haïti, porte une histoire marquée par la lutte pour la liberté, la dignité et la souveraineté.
Bob Landers Souffrant


