Société

La capitale sous les décombres de l’insalubrité

En raison de la violence et de l’insécurité qui paralysent le centre-ville historique de Port-au-Prince, les communes de Delmas et de Pétion-Ville sont devenues de véritables refuges pour la population métropolitaine. Étant aujourd’hui les zones les plus fréquentées de la capitale, ces deux municipalités supportent l’essentiel des activités commerciales, des déplacements et de la vie quotidienne. Pourtant, malgré ce rôle central, leurs principales artères s’enfoncent jour après jour sous des monceaux de déchets qui paralysent la circulation, étouffent l’économie locale et dégradent gravement le cadre de vie.

La situation au marché Colonie, à Pétion-Ville, illustre de manière frappante cette crise environnementale et urbaine. Bien que la municipalité prenne l’initiative d’organiser des opérations de nettoyage chaque jeudi, ces interventions restent dérisoires face à l’ampleur du problème. Dans ce marché, l’accumulation d’immondices et de boue stagnante est telle que même les piétons ne peuvent plus se frayer un chemin. La détresse y est flagrante : des marchandes et des marchands, contraints d’étaler leurs produits pour subvenir à leurs besoins, en viennent parfois à s’asseoir directement sur les détritus. L’exaspération est générale, tant chez ces commerçants livrés à eux-mêmes que chez les usagers qui tentent quotidiennement d’emprunter cette voie.

Le constat est tout aussi alarmant du côté de Delmas. Non loin des locaux de la Télévision nationale d’Haïti, aux intersections stratégiques, de véritables montagnes d’ordures s’accumulent au point de paralyser la circulation. Le transport en commun peine à fonctionner, les véhicules doivent se frayer dangereusement un passage et les piétons sont forcés de marcher au milieu du trafic pour contourner les dépôts de déchets. L’insalubrité s’est généralisée sur l’ensemble des axes routiers reliant Delmas à Pétion-Ville, transformant le paysage urbain de la capitale en un dépotoir à ciel ouvert.

Face à cette dégradation continue, de nombreuses interrogations émergent quant à la gestion des services publics et de l’assainissement. La question des horaires d’intervention du Service national de gestion des déchets solides (SNGRS) et des municipalités se pose avec une acuité particulière : pourquoi envoyer les camions de ramassage en pleine journée, aux heures de pointe, alors que la population vaque à ses occupations et que les rues sont saturées ? Cette méthode ne fait qu’aggraver les embouteillages et paralyser davantage la ville.

De plus, le manque d’efficacité à long terme de ces opérations ponctuelles de nettoyage soulève des questions sur la nature même des projets engagés. Pourquoi les ordures réapparaissent-elles immédiatement après le passage des services de voirie ? S’agit-il d’un manque de planification durable, d’une absence de suivi ou de projets conçus sans véritable finalité ?

En l’absence de conteneurs adaptés et de stratégies pérennes pour maintenir la salubrité, ces interventions répétées, mais inefficaces, suscitent des interrogations : assiste-t-on à une incapacité à aménager convenablement l’espace urbain ou à un gaspillage systématique du matériel et des ressources financières de l’État ?

Sans une révision en profondeur des politiques de gestion des déchets et une organisation rationnelle de la collecte, Delmas et Pétion-Ville continueront d’étouffer sous le poids de l’insalubrité.

Ornessa Tessie Blanchard

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