Culture

À Port-au-Prince, l’art de la sculpture résiste à l’insécurité

À la rencontre de plusieurs artisans sculpteurs sur la route de Bourdon, le constat est préoccupant. Pour ces hommes et ces femmes qui vivent de leur art, l’insécurité a fortement réduit les ventes et fragilisé leurs activités.

Selon Boss Nicolas, certains clients souhaitent acheter leurs produits, mais la circulation difficile dans plusieurs zones et le déplacement de certaines familles les poussent à limiter leurs dépenses. Il déplore également le contrôle de certains territoires par des hommes armés, qui empêche les citoyens de se concentrer sur des activités considérées comme secondaires, comme l’embellissement de leurs maisons. L’artisan estime aussi que l’État n’en fait pas suffisamment pour structurer et accompagner le secteur. Il explique travailler principalement le ciment pour réaliser des productions conçues pour durer.

De son côté, Ernst Stevenson raconte un parcours artistique entamé dès l’école classique à travers le dessin. Cette passion l’a progressivement conduit vers la peinture, la sculpture et la peinture sur toile. Aujourd’hui, il transmet son savoir aux enfants, notamment lors de camps d’été et dans les écoles. Pour lui, les techniques traditionnelles doivent être préservées et transmises aux nouvelles générations. Il constate que les enfants et les jeunes manifestent un réel intérêt pour l’art, mais que cet intérêt doit être davantage encouragé et encadré. Il plaide également pour un meilleur soutien aux produits locaux, notamment lors des visites de touristes dans le pays.

Sur la route de Bourdon, un autre artisan, considéré comme l’un des plus anciens du secteur de la poterie, témoigne de son long parcours. Entré dans le métier à l’âge de 18 ans, il en a aujourd’hui 66. Plusieurs des artisans présents sur les lieux ont commencé comme apprentis avant de devenir eux-mêmes des professionnels.

Aujourd’hui en situation de handicap et incapable de travailler comme avant, il raconte avoir épuisé ses économies durant sa maladie. Avec émotion, il appelle à davantage de soutien pour les artisans et les acteurs de la culture.

Sur place, plusieurs jeunes apprentis continuent pourtant de pratiquer cet art avec fierté. Ils expérimentent et développent leur savoir-faire à partir de matières premières comme le ciment, avec l’espoir de bâtir un avenir dans ce secteur.

Malgré les difficultés, certains restent optimistes. Ils espèrent que la situation du pays finira par s’améliorer et appellent les autorités à agir afin de permettre aux artisans de continuer à créer, à travailler et à faire vivre le savoir-faire local.

Elianne Georgette Louis

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button