L’État haïtien accentue la pauvreté avec des dépenses deux fois plus élevées que ses ressources


Le récent rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), portant sur le premier semestre de l’exercice fiscal 2025-2026, met en évidence une politique budgétaire qui contribue à l’appauvrissement du pays. Selon ce document, publié en octobre, les dépenses ont progressé à un rythme deux fois supérieur à celui des ressources mobilisées. La part importante des dépenses de personnel, conjuguée au faible taux d’exécution des dépenses en capital, témoigne d’une orientation budgétaire qui peine à soutenir l’activité économique.
Au cours de la première moitié de l’exercice fiscal 2025-2026, l’activité économique s’est contractée de 0,8 %, selon le rapport de la CSCCA. Cette récession s’explique notamment par le recul des secteurs primaire et secondaire, dont les activités ont diminué respectivement de 3,7 % et de 2,1 %. La faible progression du secteur tertiaire, limitée à 0,1 %, n’a pas suffi à compenser ces contre-performances. Toutefois, les institutions financières ont enregistré une croissance de 3,1 %, tandis que les services non marchands ont progressé de 4,3 %.
Au-delà de l’incapacité de l’État à mobiliser les ressources prévues dans la loi de finances, la structure des dépenses courantes soulève également des interrogations. À mi-exercice, un écart de 213,18 milliards de gourdes a été constaté par rapport aux prévisions budgétaires de 345,51 milliards de gourdes. Évaluées à 52,67 milliards de gourdes, les dépenses de personnel représentent à elles seules 59,70 % des dépenses courantes.
Cette difficulté persistante de l’administration publique à mobiliser les ressources, associée à la prédominance de la masse salariale dans les dépenses, renforce les déséquilibres budgétaires. Les dépenses en biens et services, pour leur part, s’élèvent à 28,40 milliards de gourdes, soit 32,19 % des dépenses courantes. Elles affichent un taux d’exécution de 41,36 % par rapport aux prévisions de 68,67 milliards de gourdes.
Les dépenses en capital révèlent, elles aussi, les limites de la politique budgétaire. Elles atteignent 32,71 milliards de gourdes sur des prévisions de 131,95 milliards, soit un taux d’exécution de seulement 24,79 %. À mi-parcours de l’exercice fiscal, ce faible niveau d’exécution interroge sur la capacité des pouvoirs publics à financer les investissements nécessaires à la relance économique et à l’amélioration des conditions de vie de la population.
Ces données mettent en évidence les conséquences d’une politique budgétaire largement orientée vers les dépenses courantes, au détriment des investissements publics. Dans un contexte où le financement externe demeure relativement faible et où les recettes intérieures reposent en grande partie sur les prélèvements douaniers, l’État peine à dégager les marges financières nécessaires pour soutenir la production nationale et stimuler la croissance.
Plutôt que de mettre en œuvre des politiques publiques susceptibles de favoriser le développement économique, les autorités semblent privilégier le maintien d’une administration fortement consommatrice de ressources, sans résultats suffisamment visibles sur le plan de la croissance. Cette orientation, conjuguée aux problèmes de gouvernance et aux soupçons de corruption qui pèsent sur l’administration publique, contribue à fragiliser davantage les finances de l’État.
Alors qu’une large partie de la population est confrontée à une crise économique persistante, les pouvoirs publics doivent revoir leurs priorités budgétaires. La mobilisation des recettes, la transparence dans la gestion des fonds publics et l’augmentation des investissements productifs sont indispensables pour créer les conditions d’une relance durable. Le rétablissement de la sécurité constitue également un préalable essentiel pour favoriser les investissements privés, notamment étrangers, et ouvrir de nouvelles perspectives de développement pour Haïti.
Dieunel BELLEGARDE



