Journée internationale des femmes rurales : elles nourrissent Haïti, mais qui raconte leur histoire ?


La Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ) rend hommage aux femmes rurales haïtiennes et appelle les médias à faire entendre leurs voix face aux inégalités, à l’insécurité et à la précarité. Dans un communiqué publié le jeudi 15 octobre 2026, la SOFEHJ exhorte les autorités à mettre en lumière le travail immense de ces femmes en Haïti, qui contribuent au développement du pays.
Chaque année, le 15 octobre marque la Journée internationale des femmes rurales, une occasion de mettre en lumière la contribution essentielle des femmes vivant en milieu rural au développement économique, à la sécurité alimentaire et à la vie des communautés. En Haïti, cette journée prend une dimension particulière, alors que le pays traverse une crise multidimensionnelle qui fragilise les moyens de subsistance de milliers de familles.
À cette occasion, la Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes (SOFEHJ) salue le courage, la détermination et la résilience des femmes rurales, véritables actrices de la survie économique et sociale du pays.
Dans les campagnes haïtiennes, les femmes participent activement aux activités agricoles, à la transformation des produits locaux, à l’élevage et à la commercialisation des denrées alimentaires. Elles cultivent la terre, récoltent les produits, les transportent vers les marchés et contribuent ainsi à approvisionner les villes et les quartiers. Parmi elles, les « madan sara » occupent une place incontournable dans les circuits de distribution. Leur travail assure la circulation de nombreux produits entre les zones de production et les espaces de consommation, malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées.
Pourtant, derrière cette contribution économique considérable se cache une réalité souvent marquée par la précarité. L’accès limité au crédit, aux équipements agricoles, aux infrastructures de transport et aux marchés dans des conditions favorables réduit les possibilités de développement de nombreuses femmes rurales.
À ces obstacles s’ajoutent les inégalités dans l’accès à la propriété foncière, aux services de santé, à l’éducation et aux opportunités économiques. Malgré leur rôle essentiel, beaucoup continuent d’exercer leurs activités dans des conditions qui compromettent leur autonomie financière et leur sécurité.
En Haïti, l’insécurité vient aggraver cette situation. Les violences armées, les déplacements de population et les perturbations des axes routiers compliquent l’approvisionnement des marchés et le transport des marchandises. Pour les femmes qui dépendent du commerce des produits agricoles, ces difficultés peuvent entraîner des pertes financières, une hausse des coûts de transport et une diminution de leurs revenus. Dans un contexte où de nombreuses familles peinent à satisfaire leurs besoins essentiels, les conséquences de ces obstacles dépassent leur situation individuelle et affectent directement la sécurité alimentaire des ménages.
Au-delà de leur contribution économique, les femmes rurales jouent également un rôle déterminant dans la préservation des savoir-faire agricoles, la transmission des connaissances traditionnelles et la gestion des ressources naturelles. Leur expérience constitue un atout pour promouvoir des pratiques agricoles adaptées aux réalités locales et renforcer la capacité des communautés à faire face aux changements climatiques. Toutefois, cette expertise reste insuffisamment valorisée dans les espaces de décision. Leur participation effective à l’élaboration des politiques agricoles, environnementales et économiques demeure indispensable à un développement plus inclusif.
C’est dans cette réalité que s’inscrit la prise de position de la Solidarité des Femmes Haïtiennes Journalistes. À l’occasion de cette journée internationale, l’organisation rappelle la responsabilité des médias dans la représentation des femmes rurales et la défense de leurs droits. La SOFEHJ réaffirme son engagement à mettre en lumière leurs luttes quotidiennes contre l’insécurité et l’isolement, à attirer l’attention sur les difficultés d’accès aux services de santé, à l’éducation et à la terre, ainsi qu’à contribuer à briser les barrières qui limitent leur visibilité dans l’espace médiatique.
Pour les femmes journalistes, cet engagement implique de dépasser les témoignages ponctuels et les hommages symboliques. Il s’agit de documenter les réalités vécues sur le terrain, de recueillir la parole des principales concernées et d’interroger les politiques publiques mises en œuvre en leur faveur. Les reportages, enquêtes et émissions consacrés aux femmes rurales doivent permettre de mieux comprendre leurs conditions de travail, leurs difficultés d’accès aux ressources et leurs revendications. Donner la parole aux femmes rurales, c’est aussi leur reconnaître le droit de raconter elles-mêmes leur histoire et de participer au débat public.
La reconnaissance de leur contribution doit également se traduire par des mesures concrètes. L’amélioration des infrastructures rurales, l’accès au financement, la sécurisation des circuits commerciaux, le renforcement des services de santé et d’éducation ainsi que la protection des droits fonciers constituent des leviers essentiels. Les autorités publiques, les organisations de la société civile et les partenaires du développement ont un rôle à jouer pour créer des conditions permettant aux femmes rurales de travailler dignement et de bénéficier pleinement des revenus générés par leurs activités. Leur autonomisation ne peut être dissociée de la reconstruction économique et sociale du pays.
En cette Journée internationale des femmes rurales, une question demeure : si elles contribuent chaque jour à nourrir Haïti, qui raconte leurs histoires, documente leurs combats et porte leurs revendications ?
Pour la SOFEHJ, le silence ne saurait être une réponse face aux difficultés qu’elles rencontrent. Au-delà des discours, cette journée appelle à une mobilisation durable des médias et de l’ensemble de la société afin que les femmes rurales soient reconnues non seulement pour leur courage, mais également pour leurs compétences, leurs droits et leur capacité à transformer leur communauté. Elles nourrissent Haïti : leur donner la parole, c’est aussi contribuer à construire un pays plus juste et plus solidaire.
Came Stefada Poulard


