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La société civile convoque un grand concert national pour « s’entendre sur l’essentiel »

Le Conseil national de la société civile haïtienne (CNSCA), avec ses alliés et ses partenaires, organise, le mercredi 28 octobre 2026, une conférence nationale baptisée CONCERT-HAÏTI 2054. Placée sous le thème « Au-delà de nos différences, une entente nationale pour sauver, stabiliser et reconstruire Haïti », la rencontre se veut un espace de dialogue, de sensibilisation et de recherche de solutions. Elle réunira des acteurs politiques, économiques, sociaux et institutionnels, dans un pays où la crise fragilise à la fois la sécurité, les institutions, l’économie et la confiance entre citoyens et dirigeants. Les organisateurs préviennent qu’ils ne cherchent ni à imposer une pensée unique ni à soutenir un camp : l’avenir du pays, disent-ils, « ne demande pas que tous les Haïtiens pensent pareil », mais qu’ils puissent s’entendre sur l’essentiel.

Le CNSCA convoque l’histoire. Il rappelle le Congrès de l’Arcahaie de mai 1803, associé à l’unification des forces révolutionnaires et à la naissance du drapeau national, puis la rencontre du Camp-Gérard du 5 juillet 1803, qui contribua au ralliement des forces du Sud. Il mentionne aussi l’acte de proclamation de l’indépendance attribué à Fort-Dauphin, l’actuelle Fort-Liberté, le 29 novembre 1803, tout en soulignant que ses circonstances exactes font encore débat parmi les historiens. Le message est que les moments décisifs de la nation ont exigé rassemblement et unité d’action. Les organisateurs reconnaissent par ailleurs que plusieurs initiatives de dialogue passées n’ont pas abouti et invitent à en examiner les causes sans désigner un seul coupable : manque de confiance, engagements non respectés, méthodes inadaptées, intérêts divergents ou influences internes et externes.

Le travail de la conférence s’articulera autour de sept axes stratégiques, présentés comme une base à enrichir collectivement. Ils couvrent :

La gouvernance et l’entente politique ;

La sécurité, la justice et la protection sociale ;

La citoyenneté, l’éducation et la formation du leadership ;

La production nationale, l’agriculture et l’emploi ;

La diplomatie et l’intégration caribéenne ;

L’investissement et l’entrepreneuriat ;

La continuité de l’État, avec une vision à l’horizon 2054.

Chaque groupe de travail devra identifier un problème prioritaire, une solution, les responsables, les moyens, un calendrier et des indicateurs de résultats. Les organisateurs veulent ainsi passer des déclarations générales à des politiques publiques concrètes, chiffrées lorsque c’est possible.

La méthode retenue repose sur ce que le CNSCA appelle les « petites victoires » : commencer par ce qui rassemble, agir sur ce qui est possible, puis élargir progressivement le consensus. Elle se décline en cinq étapes : écouter, s’entendre, agir, mesurer, consolider. Les premiers résultats pourraient porter sur la prévention des violences politiques, la protection des populations, la transparence des engagements, la continuité des services essentiels ou l’adoption de règles communes de dialogue. Les organisateurs précisent que chaque victoire devra être vérifiable, utile à la population et ne pas servir à masquer les désaccords qui demeurent. Un comité de suivi serait chargé de documenter les engagements, de publier des bilans périodiques et de poursuivre les consultations après la conférence.

Le volet le plus ambitieux concerne la réforme du système politique. Les organisateurs proposent de réfléchir à un cycle stratégique de 25 ans, comprenant cinq mandats successifs, afin d’assurer le suivi des priorités publiques d’un gouvernement à l’autre. Ils insistent sur le fait qu’il s’agirait d’un horizon de planification, et non d’un mandat unique ni d’un droit pour une personne ou un parti de conserver le pouvoir, le tout devant rester conforme à la Constitution. Cette réflexion doit déboucher sur un projet de Pacte national de renouvellement systématique du pouvoir politique en Haïti (PNRPPH), accompagné d’une résolution finale et d’un acte d’engagement volontaire. Ces documents ne seront considérés comme adoptés qu’après négociation, examen juridique et validation par les parties concernées. Parmi les engagements envisagés figurent le rejet de la violence politique, le respect de l’alternance et du transfert pacifique du pouvoir, la lutte contre la corruption et la reddition de comptes publique.

Reste à savoir si cette concertation tiendra ses promesses là où d’autres ont échoué. Les organisateurs en sont conscients : le dialogue, affirment-ils, ne doit pas être « une rencontre de plus, suivie de promesses oubliées », mais devenir une méthode de travail avec des engagements suivis et des résultats mesurables. Ils comptent sur une large participation, des partis aux organisations de femmes et de jeunes, des confessions religieuses à la diaspora, avec les partenaires internationaux en simple accompagnement. L’enjeu est de taille : transformer les désaccords en dialogue, le dialogue en engagements et les engagements en résultats.

Haïti ne manque pas de rencontres, mais d’ententes qui durent. Entre le 28 octobre 2026 et l’horizon 2054, le pays devra prouver que se parler peut enfin mener à agir.

Bob Landers Souffrant

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