Le cannabis brise la jeunesse haïtienne


Dans des quartiers précaires, la consommation de marijuana chez les adolescents et les jeunes adultes prend une ampleur inédite. Cette consommation dès l’âge de 16 ans est devenue monnaie courante dans les espaces publics, au vu et au su de tous. Derrière cette progression se cache une réalité complexe, entre drame psychiatrique, démission des familles et influence des amis. On plonge ainsi dans une spirale qui ravage toute une génération.
Pour beaucoup de ces jeunes, le cannabis est leur béquille psychologique. Faisant face à des situations socio-économiques pesantes et à un climat d’incertitude permanent, de nombreux jeunes cherchent une échappatoire. Ils me confient directement : « La fumée, c’est notre façon de ne plus réfléchir à notre situation. » Les consommateurs décrivent leurs sensations : « Cela nous donne un sentiment de calme temporaire et stimule notre appétit. » D’autres expriment cette illusion : « Ce produit nous aide à mieux vivre ou à mieux étudier. » Mais en réalité, cet apaisement se transforme rapidement en dépendance. Ils l’avouent eux-mêmes : « C’est impossible pour nous de passer une seule journée sans fumer. » Ces consommateurs réguliers maigrissent de manière spectaculaire.
L’une des choses les plus graves sur le terrain, c’est qu’il y a des enfants de 7 à 8 ans qui ne consomment pas encore de drogue, mais qui boivent beaucoup d’alcool, notamment du whisky ou du clairin blanc.
Ensuite, la polyconsommation de marijuana chez les jeunes s’accompagne d’autres substances artisanales ou chimiques. Le cerveau finit alors par céder. On constate aussi que des jeunes de 24 ans traînent aujourd’hui comme des ombres dans les rues, avec des troubles psychiatriques sévères apparus dès l’âge de 18 ans. Malheureusement, il s’agit d’une jeunesse sans repères, dont l’esprit reste prisonnier de la maladie mentale.
Ce phénomène qui ronge la jeunesse touche également le milieu scolaire. Des écoliers surpris en train de fumer au sein de collèges réputés sont expulsés avec effet immédiat, ce qui révèle souvent leur addiction aux yeux des parents. Par ailleurs, la consommation s’accompagne de changements de comportement hostiles : une arrogance extrême affichée devant les aînés, une insoumission totale à la maison ou encore une violence verbale ou physique qui s’installe envers les parents. Les parents concernés le déclarent avec peine : « Nous avons perdu nos enfants, ils nous manquent de respect et deviennent violents envers nous. »
C’est là que réside le véritable drame familial. Si les parents déplorent la perte de leurs investissements éducatifs et leurs espoirs ruinés, beaucoup sombrent trop facilement dans la passivité totale. Bien que conscients de la consommation de leur enfant dès l’adolescence, rares sont les parents qui s’impliquent dans des démarches d’accompagnement médical ou dans un suivi psychologique spécialisé. Cette absence de prise en charge précoce est parfois motivée par le déni, le manque de moyens ou encore la peur des réactions violentes de l’adolescent.
Les parents se réfugient trop souvent derrière le prétexte qu’il est déjà trop tard pour intervenir et aider leurs enfants. Mais abandonner ces jeunes à leur addiction sous ce faux prétexte ne fait qu’accélérer leur perte. C’est l’avenir même de toute une jeunesse qui continuera de s’évaporer dans la fumée, ou encore l’avenir d’un pays qui se fondra.
Ornessa Tessie Blanchard

