L’insécurité aggrave le calvaire des patients atteints de cancer du sein en Haïti


Les personnes atteintes du cancer du sein paient un lourd tribut à la crise sécuritaire en Haïti. En plus de la raréfaction de certains médicaments essentiels à leur traitement, la hausse du coût des soins constitue un obstacle supplémentaire à leur prise en charge. Depuis la prise de contrôle de l’Hôpital universitaire de Mirebalais par des groupes armés, plusieurs patients confrontés à la cherté des séances de chimiothérapie ont dû interrompre leur traitement, tandis que certains auraient déjà succombé des suites de la maladie.
Le mois d’octobre, consacré à la sensibilisation et à la prévention du cancer du sein, intervient cette année dans un contexte particulièrement difficile pour les personnes vivant avec cette maladie en Haïti. La dégradation des conditions sécuritaires perturbe l’accès aux soins et contribue à aggraver la situation des patients, déjà confrontés à la pénurie de médicaments et au coût élevé des traitements.
Depuis la fermeture de fait de l’Hôpital universitaire de Mirebalais, les conséquences se font particulièrement sentir dans le domaine de l’oncologie. La réduction de l’offre de soins a contribué à une hausse du prix des séances de chimiothérapie dans la région métropolitaine. Selon des témoignages recueillis par notre rédaction, le coût d’une séance serait passé d’environ 15 000 à 25 000 gourdes dans certains établissements de la capitale.
Cette augmentation représente un véritable calvaire pour les patients, dont certains doivent suivre des séances de chimiothérapie de manière régulière, parfois chaque semaine. Pour les familles disposant de moyens financiers limités, la poursuite du traitement devient ainsi un véritable parcours du combattant.
À cette difficulté s’ajoute la rareté du tamoxifène, médicament couramment utilisé dans la prise en charge de certains cancers du sein hormonodépendants. Des patients rapportent avoir de grandes difficultés à s’en procurer, alors que ce traitement doit être pris quotidiennement et sur une période prolongée.
Selon plusieurs témoignages recueillis par notre rédaction, des patients ont été contraints d’abandonner ou d’interrompre leur traitement en raison du coût exorbitant des soins. La faible capacité d’accueil des centres sanitaires proposant des services d’oncologie constitue également un problème majeur. Dans la région métropolitaine, le nombre limité d’établissements offrant des traitements adaptés ne permettrait pas de répondre à l’ensemble des besoins.
L’établissement Innovating Health International, qui propose notamment des services de chimiothérapie, ne peut à lui seul absorber la demande croissante des patients nécessitant une prise en charge spécialisée.
Au-delà de la disponibilité des traitements, des inquiétudes sont également exprimées concernant les conditions de prise en charge des patients. Des témoignages font état de difficultés liées aux équipements disponibles et aux méthodes de traitement, soulevant des interrogations sur la qualité des soins accessibles aux personnes atteintes de cancer.
En Haïti, l’insécurité ne se traduit donc pas uniquement par les homicides, les enlèvements et les déplacements forcés. Elle affecte également l’accès aux soins et peut devenir un facteur aggravant pour les personnes souffrant de maladies graves. Pour les patients atteints de cancer du sein, chaque retard dans le traitement peut avoir de lourdes conséquences.
Face à cette situation, les patients réclament une prise en charge plus accessible, la disponibilité des médicaments essentiels et un renforcement des services d’oncologie. Mais au-delà des réponses sanitaires, le rétablissement de la sécurité apparaît également comme une condition indispensable pour garantir la continuité des soins et éviter que la crise sécuritaire ne continue d’alourdir le bilan des décès liés au cancer en Haïti.
Dieunel BELLEGARDE


