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L’Université d’État d’Haïti, une institution sans domicile fixe

La transmission du savoir en Haïti se fait de plus en plus dans des conditions qui laissent à désirer. Aux défis structurels auxquels le système éducatif est confronté s’ajoutent les effets de la crise sécuritaire, qui accentue la précarité des conditions d’apprentissage. En raison de la délocalisation de plusieurs facultés de l’Université d’État d’Haïti (UEH), les étudiants sont contraints de poursuivre leur cursus universitaire dans des espaces inadaptés, loin des exigences modernes en matière d’enseignement supérieur.

Depuis que leurs bâtiments ont été vandalisés par des groupes armés à Port-au-Prince, plusieurs facultés de l’UEH dispensent leurs cours dans des conditions préoccupantes. Trois entités de l’institution partagent un ancien bâtiment commercial, tandis qu’une autre poursuit ses activités dans un établissement scolaire privé. La Faculté de Médecine et de Pharmacie, pour sa part, est installée dans un centre hospitalier.

La Faculté de Droit et des Sciences économiques (FDSE) partage actuellement ses locaux avec deux autres entités de l’UEH : la Faculté des sciences humaines (FASCH) et l’Institut national d’administration, de gestion et de hautes études internationales (INAGHEI). Avant d’être transférée dans cet ancien centre commercial, la FDSE dispensait ses cours dans un établissement scolaire situé à Turgeau. Confinées dans un espace restreint et inadapté aux exigences universitaires, ces institutions font face à une cohabitation difficile, qui suscite le mécontentement et l’indignation des étudiants.

L’École normale supérieure (ENS) n’échappe pas à cette précarité. Installée dans un espace exigu à Canapé-Vert, elle peine à offrir un environnement propice à l’apprentissage. L’attention des étudiants est mise à rude épreuve par l’étroitesse des locaux et l’insuffisance des équipements nécessaires au bon déroulement des cours. Plus préoccupant encore, l’établissement se trouve à quelques mètres seulement du rectorat de l’UEH, une proximité qui contraste avec les difficultés auxquelles l’institution est confrontée pour garantir des conditions d’études adéquates.

De leur côté, les étudiants de l’INAGHEI doivent adapter leur emploi du temps aux horaires du Collège Inter-Familia, à Delmas 89, où l’institution est provisoirement logée. Cette cohabitation avec un établissement privé entraîne des décalages dans la programmation des cours et complique le déroulement normal des activités académiques.

La Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP) poursuit, quant à elle, ses activités dans un centre hospitalier situé à Turgeau. La Faculté d’ethnologie bénéficie, pour sa part, d’un cadre relativement plus approprié grâce à la mise à sa disposition d’un bâtiment à Bourdon. Ces différences illustrent les disparités entre les conditions d’accueil des diverses entités de l’université publique.

Au-delà des difficultés liées à la transmission des cours, cette instabilité géographique fragilise également le fonctionnement administratif de plusieurs facultés. Les déplacements successifs des décanats compliquent les démarches des étudiants et ralentissent l’accès à certains services. Situés respectivement à Delmas 75 et à Canapé-Vert, dans la rue Jean-Baptiste, les décanats de la FDSE et de l’INAGHEI suscitent notamment des frustrations chez les étudiants, confrontés aux difficultés d’accès aux services administratifs.

Face à ce constat, la question des conditions d’enseignement à l’UEH interpelle sur la place accordée à l’éducation dans les priorités nationales. La formation d’une élite intellectuelle capable de contribuer au développement du pays exige des investissements conséquents dans les infrastructures universitaires, la recherche et les ressources pédagogiques. Pourtant, alors que de nombreux pays renforcent leurs investissements dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, les étudiants haïtiens doivent poursuivre leur formation dans des conditions précaires, souvent incompatibles avec les exigences d’un apprentissage de qualité.

Il devient donc urgent de mettre en place un environnement universitaire stable, fonctionnel et adapté aux besoins des étudiants. Au-delà de la nécessité de sécuriser les infrastructures et de réhabiliter les bâtiments endommagés, les autorités doivent envisager des solutions durables pour garantir la continuité des activités académiques et administratives. Car la construction d’une élite compétente ne saurait reposer uniquement sur les ambitions et les efforts des étudiants : elle nécessite des institutions capables de leur offrir les moyens de développer pleinement leur potentiel intellectuel et culturel.

Dieunel Bellegarde

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