Haïti, un État en urgence perpétuelle


La crise humanitaire et sécuritaire en Haïti s’aggrave au fil des jours. L’expansion croissante des groupes armés, qui défient ouvertement l’autorité de l’État haïtien malgré l’appui de la Force de répression des gangs (FRG), accentue les difficultés économiques d’un pays en quête de croissance. Malgré les décrets successifs reconduisant l’état d’urgence dans plusieurs départements, aucune amélioration notable de la situation n’a été constatée.
Le gouvernement haïtien, dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ancien candidat aux élections sénatoriales dans le département de l’Ouest en 2015, vient d’instaurer, par un nouveau décret, l’état d’urgence dans plusieurs départements du pays. Cette mesure concerne notamment l’Ouest, le Centre et l’Artibonite, des territoires fortement affectés par la présence et les activités des groupes armés. Le niveau de violence dans ces départements ne cesse de s’élever, au rythme de la multiplication des actes criminels commis par les bandes armées.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par la disparition de plusieurs soldats engagés au sein de la Force de répression des gangs à Croix-des-Bouquets. Depuis cet événement, les opérations de sécurité se sont intensifiées dans ce territoire, où plusieurs groupes armés exercent leur influence. Les forces de l’ordre, appuyées par des hélicoptères, font face à une opposition farouche de la part des groupes armés opérant dans la plaine du Cul-de-Sac, alors que des opérations d’exfiltration sont en cours.
Malgré le renouvellement continu des décrets instaurant l’état d’urgence, la réalité sur le terrain demeure loin des résultats escomptés. Depuis plusieurs années, les groupes criminels maintiennent leur emprise sur des territoires qu’ils contrôlent, tandis que les populations continuent de subir les conséquences de l’insécurité. En dépit de la présence de forces internationales à travers la FRG, placée sous mandat de l’ONU, une stratégie suffisamment efficace pour neutraliser les groupes armés et rétablir durablement l’autorité de l’État tarde à se concrétiser.
À la tête du Conseil supérieur de la Police nationale depuis près de deux ans, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé peine à convaincre de l’efficacité de sa politique sécuritaire. Les mesures annoncées et les décisions administratives successives ne semblent pas avoir permis d’inverser la tendance. Cette approche, perçue comme insuffisante face à l’ampleur de la crise, soulève des interrogations quant à la capacité de la Primature à impulser des changements structurels et à répondre aux attentes d’une population confrontée quotidiennement à la violence.
Les promesses gouvernementales deviennent de plus en plus lassantes pour une population livrée depuis des années à la merci des groupes criminels. Au-delà des décrets et des déclarations officielles, les citoyens attendent des mesures concrètes susceptibles de rétablir la sécurité, de protéger les vies humaines et de permettre la reprise des activités économiques et sociales. L’urgence ne peut se limiter à un statut juridique reconduit périodiquement : elle exige des résultats tangibles sur le terrain.
Dieunel Bellegarde



