Le Task Force coûte un million de dollars par semaine à l’État haïtien


Haïti est englué dans une crise sécuritaire sans précédent. Des groupes armés contrôlent des pans entiers de son territoire. Les forces de l’ordre ne disposent ni des matériels nécessaires ni d’une stratégie efficace visant à freiner l’expansion des groupes armés. Pour répondre aux faiblesses opérationnelles des forces de sécurité, quelques mois après sa prise de fonction à la tête du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé a procédé à la création du Task Force.
Selon la Primature, cette cellule de coordination des opérations est composée de quelques hauts gradés de la Police nationale d’Haïti (PNH) et de militaires étrangers. Le Task Force est contrôlé par l’ancien militaire américain Erik Prince, fondateur de l’ancienne société de sécurité Blackwater, réputé proche du président américain Donald Trump. Ce partenariat, dont l’efficacité peine toujours à se faire sentir, s’avère particulièrement coûteux pour un État qui ne peut se permettre de négliger la gestion des fonds publics, compte tenu de la situation économique délétère du pays.
En effet, Erik Prince empocherait 52 millions de dollars par an pour ses services en Haïti. Selon le diplomate Pierre Antoine Louis, intervenu sur le plateau de Ficom TV, au-delà d’un partenariat à long terme impliquant le contrôle des routes nationales et de certains postes frontaliers, la firme américaine tirerait largement profit de la situation en Haïti.
Au-delà du caractère budgétivore de ce contrat, l’avocat au barreau de New York soulève également la question de la légalité du Task Force, à laquelle le Premier ministre devrait apporter des réponses. Selon lui, outre le coût élevé de ses services pour l’État haïtien, le Task Force ne constitue pas une force légalement établie. Le fonctionnaire de l’ONU revient également sur les méthodes opérationnelles de cette structure.
Depuis son opérationnalisation, le Task Force aurait déjà utilisé plus de 2 000 drones FPV. Ces opérations, qui ciblent des individus armés, auraient déjà coûté la vie à des dizaines de citoyens. Plus d’une dizaine d’enfants avaient été tués lors d’une explosion provoquée par un drone à Simon Pelé.
Près de deux ans après sa création, la situation sécuritaire du pays n’a guère connu d’amélioration. Les groupes armés contrôlent toujours les deux principales routes nationales du pays. En l’absence d’une stratégie nationale de sécurité clairement définie, le gouvernement semble privilégier les dépenses des deniers publics au profit d’une stratégie sécuritaire essentiellement symbolique. Axée principalement sur le déploiement de drones, cette stratégie semble davantage profiter à la Primature et aux bénéficiaires de ce partenariat qu’à la population haïtienne.
Si une guerre pouvait se gagner uniquement grâce aux drones, l’Iran aurait déjà capitulé sous la pression américaine. Au vu de la situation actuelle, il est urgent que l’argent durement prélevé sur les contribuables serve à rétablir la sécurité dans le pays, plutôt qu’à garantir la pérennité d’un clan politique en satisfaisant les exigences de certains hommes à Washington.
Dieunel Bellegarde



