

L’ancien sénateur Jean-Charles Moïse est au cœur des révélations du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti concernant le commerce illicite des civelles. Dans son rapport, le panel onusien décrit un système dans lequel l’ancien parlementaire aurait exercé une influence sur plusieurs maillons de cette filière, de l’approvisionnement à l’exportation.
Selon les experts, Jean-Charles Moïse aurait notamment utilisé son influence auprès du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural pour renforcer son contrôle sur le secteur. Cette influence se serait également étendue à certains agents des douanes chargés de surveiller les exportations.
Le rapport fait état de pressions exercées sur des fonctionnaires qui auraient refusé de répondre à ses exigences. Certains agents auraient été mutés après avoir refusé, selon les témoignages recueillis par les experts, de faciliter des opérations liées à la fraude fiscale.
L’emprise décrite par l’ONU ne se limiterait toutefois pas aux institutions haïtiennes. Le réseau attribué à Jean-Charles Moïse aurait également entretenu des connexions avec des acteurs dominicains impliqués dans le transport des civelles vers l’extérieur du territoire haïtien.
Les experts indiquent par ailleurs que le réseau aurait cherché à maintenir ses activités malgré les perturbations enregistrées durant la saison de pêche 2024-2025. Des fournisseurs haïtiens et des commerçants dominicains interrogés par le Groupe d’experts auraient affirmé que l’influence du réseau s’étendait à d’autres secteurs économiques du département du Nord.
Un épisode rapporté par l’ONU illustre le fonctionnement de cette organisation. Le 20 décembre 2024, à Fort-Liberté, des civelles provenant de fournisseurs de la région et d’Haïti auraient été regroupées avant d’être exportées sous une origine exclusivement haïtienne.
Pour les experts onusiens, ce mode opératoire ne constitue pas seulement une activité commerciale illégale. Il contribuerait également à priver l’État haïtien de recettes et à renforcer des réseaux de contrebande opérant à l’échelle régionale.
Ces accusations, formulées dans un rapport des Nations unies, placent ainsi l’ancien sénateur au centre d’un dossier où se croisent influence politique, contrôle économique, fraude fiscale et commerce transfrontalier.
Dieunel BELLEGARDE



